dimanche 25 novembre 2012

New step

Since few weeks, I didn't have enough time to post regularly, so I decide to change everything and try a new way to show Japanese photobooks. This blog is now over, and here is the new one :

Less text, more images !

vendredi 2 novembre 2012

Hayashida Setsuko, Shima ni tsuite

Hayashida Setsuko 林田摂子, Shima ni tsuite 島について [À propos d’une île], Tôkyô, auto-édition, 2012 
18,2 x 25,8 cm, 44 pages 
Après Mori wo sagasu 森をさがす [À la recherche des bois] paru en 2010, Shima ni tsuite 島について [À propos d’une île] est le second ouvrage publié par Hayashida Setsuko 林田摂子 (née en 1976). Il rassemble des clichés pris sur l’une des îles de l’archipel d’Okinoshima [Okinoshima rettô 隠岐の島列島] où réside la famille d’amis de la photographe. Loin des stations balnéaires d’Okinawa, avec leurs palmiers et leurs plages de sable blanc, l’archipel d’Okinoshima se situe au large de la ville de Matsue 松江, dans la mer du Japon. D’ailleurs, sur les images que Hayashida rapporte, les ciels sont gris – au mieux blancs –, tandis que la brume enveloppe les paysages.
L’île choisie par la photographe, parmi les plus petites de l’archipel, demeure encore largement à l’état sauvage, et c’est justement sur cette nature, encore très présente dans la vie des habitants de l’île, que s’attarde la photographe. Malgré ce que laisserait penser l’omniprésence des plantes dans les photos d’Hayashida, celle-ci n’envisage par sa série comme un éloge de la nature, vierge et inexplorée : les infrastructures (école, routes, port) ne sont pas absentes des clichés, pas plus que les figures humaines, bien que celles-ci ne soient photographiées que partiellement (de dos, ou bien seulement une main préparant la cuisine, des pieds, etc.).
La photographe n’est pas nostalgique d’un paradis perdu, dans lequel l’homme et la nature cohabiteraient en symbiose parfaite. Elle ne sublime pas non plus les paysages qu’elle rencontre. À la place, elle livre la description délicate de cette île où les habitants semblent se soumettre à leur rude environnement plus qu’ils ne tentent de le conquérir.
Pour en savoir plus :

Le site de Hayashida Setsuko

mardi 30 octobre 2012

Satô Haruna, Ichi no hi, vol. 2

Satô Haruna 佐藤春菜, Ichi no hi いちのひ [Le premier du mois], vol. 2, Tôkyô, auto-édition, 2012 
14,8 x 21,2 cm, 28 pages
Une contrainte simple régit la production de la série « Ichi no hi » のひ [Le premier du mois] de Satô Haruna 佐藤春菜 (née en 1986) : chaque image produite, quelle qu’elle soit, doit être prise le premier du mois. Passée cette règle, la photographe ne se limite aucunement quant aux sujets, aux thèmes ou aux motifs photographiés, tant que la date inscrite en bas du tirage indique le chiffre 1.
Satô a commencé ce projet en février 2011 et elle en a jusqu’à présent tiré trois minces volumes auto-édités. Chacun d’eux compile les clichés de cinq mois de prises de vue, classés chronologiquement, auxquels Satô adjoint quelques courtes pensées reproduites en regard des photographies pour les accompagner. On n’y trouve aucune image spectaculaire, aucune image particulièrement impressionnante, mais plutôt la vision brute de son quotidien, sans effets pour le sublimer ni l’idéaliser.
Contrairement à de nombreux jeunes photographes japonais qui s’intéressent au quotidien et au banal, inspirés fortement par les œuvres de Kawauchi Rinko ou de Sanai Masafumi, et ne débouchant le plus souvent que sur des clichés couleur à la fois mièvres et sans intérêt, le choix de Satô de travailler au noir et blanc s’avère salutaire. Le noir et blanc a ici un rôle égalitaire : il unifie les teintes pour que chaque image s’insère à la suite des autres, tout en amenuisant le nombre d’informations contenues dans chaque photographie. Mais c’est justement grâce à ces insuffisances volontaires que le livre résonne dans l’esprit du lecteur.
Pour en savoir plus :

Le site de Satô Haruna

Présentation du premier volume sur le blog One Year of Books

Les volumes d’Ichino hi sont disponibles sur PH (tirés à 250 exemplaires).

vendredi 5 octobre 2012

Yajima Yôsuke, Wild Nature

Yajima Yôsuke 矢島陽介, Wild Nature, Tôkyô, auto-édition, 2012 
29,7 x 21,2 cm, 40 pages
Wild Nature de Yajima Yôsuke 矢島陽介 (né en 1981) rassemble des clichés réalisés par le photographe depuis 2008 sur le rapport entre l’homme et son environnement. Il reprend en cela les questionnements de Homma Takashi dans son livre In Our Nature qui abordait aussi le thème de la nature domestiquée, mais le traitement est ici totalement différent. Alors que Homma présentait des photographies d’arbres, de buissons ou de fleurs, la nature semble au premier abord absente de la plupart des images de Yajima.
Les paysages qu’il photographie sont bétonnés et ses compositions géométriques, avec des lignes de construction très marquées. Ce n’est qu’après un examen attentif que les plantes apparaissent : touffes d’herbes qui s’extraient du bitume ou bambous dans un hall d’immeuble. Le livre contient également des portraits ou des figures humaines vues de dos, qui regardent le paysage, et qui toutes semblent avoir des difficultés à trouver leur place aux côtés de la nature (cette « nature naturelle » comme la désigne le sous-titre japonais de l’ouvrage : shizen-na shizen 自然な自然)
Ces photographies sont issues d’un ensemble plus vaste, toujours en construction, dans lequel Yajima puise pour ses expositions et publications. Certaines images avaient ainsi déjà été publiées un peu plus tôt dans l’année, dans un format différent, au sein de son précédent livre, A Place in the Cliff (Artbeat publishers, 2012). La démarche de Yajima est en cela assez caractéristique des photographes japonais, pour lesquels une série n’est rarement achevée, une publication rarement une fin en soi, mais toujours un work in progress.
Pour en savoir plus :

Le site de Yajima Yôsuke

Un entretien de l’artiste sur le site de Space cadet

samedi 22 septembre 2012

Kojima Mari, Sea Sick

Kojima Mari 小嶋真理, Sea Sick, Londres, Oodee, coll. « POV Female Tokyo », 2012 
27 x 20,5 cm, 44 pages
Sea Sick de Kojima Mari 小嶋真理 (née en 1982) est l’un des cinq volumes parus dans la collection « POV Female Tokyo » des éditions Oodee, dirigées par Damien Poulain. Après des études artistiques à Chicago, principalement de stylisme, Kojima Mari se réoriente vers la photographie à son retour au Japon en 2008, après avoir reçu un appareil photo de son ami photographe Patrick Tsai.
Les images qu’elle produit depuis sont directement issues de son quotidien, sans qu’il n’y ait ni concept longuement réfléchi, ni séances de poses préparées à l’avance. Les clichés publiés dans Sea Sick, témoins de cette spontanéité, présentent une large diversité de motifs, tels que rencontrés au jour le jour par la photographe : une araignée, des poissons dans un aquarium, des taches de sang encore fraîches sur un trottoir, etc.
Kojima Mari appartient à ces photographes japonais dont la pratique, très ancrée dans le quotidien, résiste à l’analyse, et le livre qu’elle a produit n’est pas un répertoire de motifs du banal, de l’ordinaire. Elle parle plus volontairement d’« émotions » à propos de ses photographies, souhaitant mettre en image ce qu’elle ressent sur l’instant. La mise en page des clichés fait donc alterner des moments joyeux avec d’autres plus mélancoliques, sur lesquels apparaissent des amis ou des petits amis, regardant l’objectif ou photographiés dans des moments d’intimité. Au fil des pages et des photographies, le lecteur est lui aussi balancé entre les différents sentiments qui lui sont mis sous les yeux, une oscillation qui se trouve parfaitement résumée par le titre de l’ouvrage : Sea Sick [mal de mer].
La photographe justifie ainsi sa démarche dans le texte introductif de l’ouvrage : « Habitant à Tokyo, dans l’ombre des gratte-ciel, je me demande souvent : Comment je tiens ? Comment je tiens dans les eaux situées entre ici et là où je voudrais être ? Je me contente d’aller au hasard, hébétée. Parfois je suis comme éblouie. Parfois j’ai le mal de mer.
Cette série est une tentative de capturer tous ces moments : les hauts et les bas, le bon et le mauvais, ce qui reste identique et ce qui ne le reste pas, les conflits entre ma réalité et ce à quoi j’aspire. » (ma traduction).
Pour en savoir plus :

Le site de Kojima Mari

La présentation du livre sur le site d'Oodee

mardi 18 septembre 2012

10x10 Japanese Photobooks online space


During the New York Art Book Fair, the International Center of Photography Library will organize a pop-up exhibition/reading room of Japanese photobooks soberly called “10x10 Japanese Photobook Reading Room” (28-30 September). Ten people involved with Japanese photography have been asked to propose ten books, explaining the “10x10” of the title. It’s not a best-ten-list, rather a selection of what have be published in Japan and often rarely spread abroad, aiming to give the New Yorkers the occasion to read these books (they are not necessarily expensive but could be hard to find outside of Japan). In addition, an other project takes place online: “10x10 Japanese Photobook online space”. In association with the ICP Library and the Photobook group on facebook, ten people writing online on Japanese photobooks have been requested to propose their own list of ten books.

I have the pleasure to be invited as one of the ten so-called online specialists and to participate in the second project. I had to give my own list of ten books, published from 1945 to present. I had some restrictions, for example not selecting books which already were in others people list, and I also wanted to present in details every book that I would chose, that’s why I only elected photobooks that are on my shelves. Besides, I decided to concentrate on self-published or small publishers books, picking only books released in the last three years, in majority by young photographers. All the books of my selection reflect a trend of contemporary Japanese photography, rather focusing on everyday landscapes and daily life than spectacular scenes.

And finally, here is my list:

- Emi Fukuyama, Tsuki ga tsuite kuru (Tokyo: Tôseisha, 2010)
- Yôsuke Yajima, Wild Nature (Tokyo: self-published, 2012)
- Mayumi Hosokura, Kazan (Tokyo: Artbeat publishers, 2012)
- Masara Nakayama, KYOTO (Tokyo: heuristic / Artbeat publishers, 2011)
- Masafumi Sanai, Pairon (Tokyo: Taishô, 2011)
- Mari Kojima, Sea Sick (London: Oodee, 2012)
- Makoto Hada, Tori ha oyogu (Tokyo: Koike jimusho, 2011)
- Haruna Satô, Ichi no hi, vol. 2 (Tokyo: self-published, 2012)
- Munemitsu Komatsu, Finder, vol. 4 : NAHA (Tokyo: self-published, 2012)
- Setsuko Hayashida, Shima ni tsuite (Tokyo: self-published, 2012)
Each book on my list will be featured on 748=photobooks during the next days (Tori ha oyogu by Makoto Hada is already featured here). Obviously, I invite you to see selections of others people involved in the project:

- Rémi Coignet et Nina Poppe / Des livres et des photos
- Marc Feustel / Eyecurious
- Laurence Vecten / One year of books
- Marco Bohr / Visual Culture
- Nicolas Codron / A Japanese Book
- Ôyama Kôhei / parapera
- microcord
- Iseki Ken / my new notebook
- Victor Sira and Kawasaki Shiori / Book Dummy Press

mardi 11 septembre 2012

Yoshino Erika, Rajio no yô ni

Yoshino Erika 吉野英理香, Rajio no yô ni ラジオのように [Comme à la radio], Tôkyô, Osiris オシリス, 2011 
16,8 x 28,8 cm, 72 pages
Rajio no yô ni ラジオのように [Comme à la radio ; sous-titré en anglais « Just Like on the Radio »] (2011) est le premier ouvrage publié par Yoshino Erika 吉野英理香 (née en 1970) après son passage du noir et blanc à la couleur en 2010. L’ouvrage rassemble une cinquantaine de ses clichés, pris entre janvier et juin 2010. Il n’y a pas de fil directeur qui unisse ces images, mais il s’agit plutôt ici de l’affirmation d’une pratique photographique ancrée dans le quotidien, privilégiant majoritairement les vues d’intérieurs ou dans la rue.
Les images de Yoshino sont souvent sombres, parfois difficilement lisibles. La photographe multiplie les jeux de reflets, à travers les vitres, les fenêtres ou dans les flaques d’eau sur le sol, complexifiant ainsi la composition de ses images, bien que les motifs qu’elle choisit soient à l’origine très simples : des passants dans la rue, des vitrines de magasins, des salons, etc. Elle n’hésite pas à couper les motifs qu’elle photographie, afin d’obtenir des cadrages plus serrés, comme si elle tenait son objectif collé à ses modèles. C’est particulièrement sensible sur ses portraits, qu'on croirait avoir été réalisés lors de filature.
Presque toutes les photographies ont été prises à Tôkyô, ou dans ses environs, mais l’atmosphère qui se dégage du livre diffère de la plupart des ouvrages publiés sur la capitale. Les images paraissent anciennes, sans être vraiment datables, et on ne retrouve aucun lieu qui puisse être identifié aisément. On ne reconnaît pas Tôkyô, même si ce n’est pas ce qui importe ici, et l’ouvrage contient même des images surprenantes, comme celle d’une autruche photographiée dans un enclos, devant une maison.
Yoshino travaille rapidement, de manière instinctive, et on a le sentiment, en feuilletant le livre, de parcourir un recueil de prises de notes visuelles, qui chaque fois condensent un moment ou une émotion. Ce sentiment est confirmé à la fin de l'ouvrage par la publication d'un semblant de journal intime, où chaque journée est résumée par un événement : l'évocation d’un film vu au cinéma, un tour en voiture, une promenade en ville, etc. Ce journal couvre une période plus longue que les prises de vue (du 1er octobre 2009 au 30 juillet 2010) et ne correspond donc pas exactement aux photographies. Certains épisodes écrits ont cependant leur pendant visuel, telle la visite au zoo d’Ueno pour voir les loutres, dont un cliché est présenté, puis rapidement décrite dans le journal à la date du 10 janvier 2010.
Enfin, le titre du livre, Rajio no yô ni, est la traduction japonaise de la chanson Comme à la radio (1970) de Brigitte Fontaine. On retrouve d’ailleurs le visuel de la pochette du disque, accroché sur un mur, reproduit dans le livre.
Pour en savoir plus :

La présentation du livre sur le site d’Osiris

D’autres visuels sur le site One year of books

mardi 21 août 2012

Tsuda Nao, Chikazuku

Tsuda Nao 津田直, Chikazuku 近づく [S’approcher], Tôkyô, Akaakasha 赤々舎, hiromi yoshii, 2009
17,4 x 11 cm, 200 pages 
Chikazuku [S'approcher] de Tsuda Nao 津田直 (né en 1976) est la seconde version, augmentée, d’un précédent ouvrage publié en 2005 par la galerie hiromi yoshiii à Tôkyô. Il s’agit d’une publication de petit format (correspondant environ à celui d’un roman de poche français), qui rassemble une série de clichés pris sur une période s’étalant sur un peu plus d’une année, de février 2002 à mai 2003. Le livre s’ouvre sur quinze doubles pages en couleur, imprimées sur un papier brillant, chaque page ne contenant qu’une seule image. Les deux images mises en regard sont prises à quelques instants d’intervalle, avec un léger décalage dans le temps et dans l’espace, donnant ainsi l’impression d’avoir affaire à des vues stéréoscopiques.
Le livre se poursuit ensuite par un peu moins d’une centaine de doubles pages, imprimées cette fois en noir et blanc et sur du papier mat. Les images fonctionnent encore parfois par deux, mais le blanc de la page se fait de plus en plus important : soit parce qu’une seule image est imprimée en regard d’une page blanche, soit parce que les images se font de plus en plus petites sur la surface de la page.
Toutes les images publiées en couleur sont publiées une nouvelle fois en noir et blanc, accompagnées de nombreuses autres. Toutes représentent le même type de paysages : des montagnes cachées dans les nuages, des sols enneigées, des rivières dans la brume, etc. Rien de spectaculaire, bien au contraire. Tout est dissimulé, discret, cette sensation étant encore accentuée par le petit format des images et la mise en noir et blanc qui diminue le nombre d’informations visuelles.
Dans les textes publiés en fin d'ouvrage, Tsuda insiste sur la question de lenteur, les paysages qu’il photographie ne se laissant apprivoiser qu’avec le temps. C’est ce qu’il sous-entend avec le titre du livre, « S’approcher », qui désigne ses propres mouvements pour venir plus près des lieux, mais qui représente en même temps les mouvements du lecteur, forcé de s’approcher des pages pour mieux en saisir certains détails. Plus qu’un ouvrage contemplatif sur le paysage comme c’est souvent le cas avec certains livres de photographies grand format et en couleur, Tsuda signe ici un livre beaucoup plus modeste, plus poétique aussi, misant beaucoup sur le blanc du papier, ainsi que sur la pratique intime et individuelle de la lecture.
Pour en savoir plus :

Le site de Tsuda Nao

La présentation du livre sur le site d'Akaakasha

Katagiri Atsunobu 片桐功敦, « Tsuda Nao wo tsukutta 10 satsu » 津田直をつくった10 [Les dix livres qui ont fait de Tsuda Nao ce qu’il est], entretien avec Tsuda Nao, Bijutsu techô 美術手帖, vol. 61, n° 917, janvier 2009, p. 18-33